# Journée type d’un bébé de 2 mois allaité : rythme et repères

Les premières semaines avec un nourrisson sont marquées par une période d’adaptation intense où chaque parent cherche à décrypter les besoins de son bébé. À 2 mois, votre enfant commence à établir des rythmes plus prévisibles, bien que chaque nourrisson possède son propre tempérament et ses propres besoins nutritionnels. L’allaitement maternel, reconnu pour ses bienfaits tant nutritionnels qu’immunologiques, s’accompagne de particularités qu’il convient de connaître pour aborder cette période avec sérénité. Comprendre le fonctionnement physiologique du nourrisson de 8 semaines permet d’anticiper ses demandes et de répondre de manière appropriée à ses signaux. Cette connaissance vous permettra de structurer vos journées tout en respectant le rythme biologique de votre enfant.

Fréquence et durée des tétées chez le nourrisson de 2 mois en allaitement maternel exclusif

L’alimentation constitue l’activité principale du nourrisson de 2 mois, et l’allaitement maternel exclusif répond parfaitement à ses besoins nutritionnels croissants. Contrairement aux idées reçues suggérant un rythme rigide de tétées espacées de trois heures, la physiologie de l’allaitement maternel fonctionne selon un principe de régulation dynamique entre la production lactée maternelle et les besoins du bébé.

Rythme de 8 à 12 tétées par période de 24 heures

À 8 semaines de vie, un nourrisson allaité exclusivement sollicite généralement le sein maternel entre 8 et 12 fois sur une période de 24 heures. Cette amplitude s’explique par plusieurs facteurs physiologiques fondamentaux. Le lait maternel, parfaitement adapté au système digestif immature du nourrisson, se digère rapidement en environ 60 à 90 minutes, ce qui explique des demandes fréquentes. La capacité gastrique limitée du bébé de 2 mois, estimée entre 120 et 150 ml, impose également des prises alimentaires fractionnées plutôt que volumineuses.

Cette fréquence élevée remplit également une fonction biologique essentielle : elle maintient une production lactée abondante grâce au principe de l’offre et de la demande. Chaque stimulation du mamelon envoie des signaux hormonaux induisant la sécrétion de prolactine, l’hormone responsable de la synthèse du lait. Les variations individuelles sont considérables et dépendent du débit de lait maternel, de l’efficacité de la succion du nourrisson, ainsi que de sa composition corporelle et de son métabolisme.

Durée moyenne de 15 à 45 minutes par tétée selon le réflexe d’éjection

La durée d’une tétée varie considérablement d’un nourrisson à l’autre et d’une tétée à l’autre chez le même enfant. Un bébé efficace peut vider un sein en 10 à 15 minutes, tandis qu’un nourrisson plus contemplatif prolongera son repas jusqu’à 45 minutes. Le paramètre déterminant n’est pas tant la durée que la qualité de la succion et la présence de déglutitions audibles attestant d’un transfert de lait effectif.

Le réflexe d’éjection du lait, survenant généralement dans les premières minutes de la tétée, constitue un moment clé où le débit lacté augmente significati

atif. On observe alors une succion ample, rythmée, entrecoupée de déglutitions régulières. Au fur et à mesure de la tétée, le rythme ralentit, les déglutitions se font plus espacées, puis la succion devient dite « non nutritive », plus légère et irrégulière. C’est souvent à ce moment que le nourrisson s’endort au sein ou commence à « mâchouiller » le mamelon, signe que le repas est terminé pour lui. Dans la pratique, une tétée de moins de 5 minutes est souvent trop courte pour être vraiment efficace, tandis qu’une tétée qui dépasse systématiquement 40 à 45 minutes mérite un avis professionnel pour vérifier la succion et la prise de poids.

Il est conseillé de proposer les deux seins à chaque tétée, sans pour autant forcer le nourrisson à prendre le second si le premier lui a suffi. Alterner les côtés permet de bien stimuler la lactation et de limiter l’engorgement. Contrairement à une idée tenace, il n’est pas nécessaire de « garder le même sein longtemps pour que bébé ait le gras de fin de tétée » : la quantité totale de lait bue au cours de la journée est plus déterminante pour la croissance que la proportion de lait de début ou de fin de tétée. En observant attentivement le comportement de succion et la satiété de votre bébé, vous deviendrez rapidement expert·e de son propre tempo.

Signes de faim et comportements d’éveil : succion des mains et réflexe de fouissement

À 2 mois, les signaux de faim du nourrisson sont plus lisibles qu’au tout début, mais ils restent souvent discrets au départ. Avant les pleurs, qui correspondent déjà à une faim avancée, le bébé manifeste des signes précoces : mouvements de succion avec la bouche, léchage des lèvres, port des mains ou des doigts à la bouche, légère agitation des membres. On observe également le réflexe de fouissement : la tête se tourne de droite à gauche à la recherche du sein, surtout lorsqu’on effleure la joue ou les lèvres.

Repérer ces comportements d’éveil calme permet de proposer le sein dans la bonne fenêtre de tir, c’est-à-dire avant que le nourrisson ne s’énerve. Un bébé très agité ou en pleurs intenses a souvent plus de mal à prendre le sein correctement, un peu comme un adulte qui essaierait de manger en étant en larmes : la coordination succion-déglutition-respiration devient plus difficile. Répondre tôt à ces signaux de faim permet des tétées plus efficaces, plus courtes et plus sereines, pour vous comme pour lui. Au fil des jours, vous apprendrez à distinguer la faim d’autres besoins (besoin de contact, de sommeil, inconfort digestif), ce qui est l’un des grands apprentissages de cette « journée type » avec un bébé allaité.

Allaitement à la demande versus allaitement selon un horaire fixe

La question revient souvent : faut-il allaiter à la demande ou instaurer un horaire de tétées toutes les trois heures ? D’un point de vue physiologique, l’allaitement maternel fonctionne de façon optimale lorsqu’il est mené « aux signes d’éveil », c’est-à-dire en suivant les besoins du nourrisson plutôt qu’une montre. Le lait maternel se digérant rapidement et la production lactée s’ajustant à la fréquence de succion, restreindre artificiellement les tétées peut perturber cette régulation naturelle, surtout à 2 mois où la lactation est encore en phase de consolidation.

Cela ne signifie pas pour autant qu’aucun rythme ne se mettra en place. Entre 1 et 3 mois, beaucoup de bébés allaités exclusifs organisent spontanément leurs prises en blocs plus prévisibles, avec parfois un intervalle un peu plus long la nuit. On parle alors de « pseudo-rythme », car ce schéma reste flexible et peut se modifier lors des pics de croissance ou des poussées de développement. En pratique, on peut considérer qu’un intervalle minimal d’environ 1 heure entre deux tétées est physiologique (temps moyen de digestion et de reconstitution du lait), tout en restant à l’écoute des signaux de faim. Plutôt qu’un horaire figé, on vise donc un cadre souple où les journées se structurent progressivement autour des cycles faim–éveil–sommeil.

Cycles de sommeil et architecture du repos nocturne à 8 semaines de vie

Le sommeil du nourrisson de 2 mois diffère profondément de celui de l’adulte, tant par sa structure que par son organisation sur 24 heures. À cet âge, l’horloge biologique n’est pas encore complètement calée sur l’alternance jour-nuit, et les phases de sommeil sont plus courtes et plus instables. Comprendre cette architecture particulière aide à mieux accepter les réveils nocturnes et à adapter vos attentes. Un bébé allaité de 8 semaines peut parfaitement se réveiller plusieurs fois la nuit tout en ayant un sommeil de bonne qualité.

Phases de sommeil paradoxal et sommeil lent chez le bébé de 2 mois

Chez le nourrisson, chaque cycle de sommeil dure en moyenne 50 à 60 minutes, contre 90 minutes environ chez l’adulte. Ces cycles alternent sommeil agité (proche du sommeil paradoxal) et sommeil calme (équivalent du sommeil lent). Le sommeil agité se caractérise par des mimiques, des grimaces, des mouvements de bras et de jambes, parfois des petits gémissements ou des sourires : votre bébé semble presque éveillé, alors qu’il dort profondément. Le sommeil calme, lui, est marqué par une respiration régulière, peu de mouvements et une détente musculaire plus visible.

Entre 0 et 3 mois, on estime que 50 à 60 % du sommeil du nourrisson est constitué de sommeil agité. Cela explique pourquoi il peut paraître « peu dormant » alors qu’il cumule en réalité de longues durées de repos. Ces nombreux micro-mouvements ne sont pas des signes d’inconfort, mais le reflet d’une intense activité cérébrale liée à la maturation du système nerveux central. Intervenir à chaque sursaut peut, paradoxalement, perturber davantage son sommeil : lorsque les yeux restent fermés et que le bébé ne pleure pas, il est préférable de ne pas le stimuler.

Durée totale de 14 à 17 heures de sommeil fragmenté sur 24 heures

En moyenne, un bébé de 2 mois dort entre 14 et 17 heures par jour, en additionnant les périodes diurnes et nocturnes. Cette durée globale est toutefois très variable d’un enfant à l’autre : certains dormeurs « courts » se contenteront de 13 à 14 heures, tandis que d’autres approcheront les 18 heures quotidiennes. Plus que la comparaison avec un chiffre théorique, c’est l’observation du comportement de votre bébé qui doit guider : s’il est globalement apaisé, tonique lors de ses phases d’éveil et qu’il prend bien du poids, son sommeil est probablement adapté à ses besoins.

À 8 semaines, le sommeil reste fortement fragmenté. Les siestes se succèdent en journée, généralement après 1 à 1 h 30 d’éveil, et la nuit n’est pas encore un bloc continu. Certains nourrissons commencent à offrir un premier segment de 4 à 6 heures d’affilée, le plus souvent en début de nuit, puis reprennent un rythme de réveils toutes les 2 à 4 heures. Il est important de garder en tête que « faire ses nuits » au sens médical signifie dormir 5 à 6 heures consécutives, et que cette étape n’est généralement atteinte qu’entre 3 et 6 mois, parfois plus tard chez les bébés allaités.

Éveils nocturnes physiologiques toutes les 2 à 4 heures pour téter

Les réveils nocturnes d’un bébé de 2 mois allaité sont le plus souvent physiologiques. Leur fréquence, de l’ordre d’un éveil toutes les 2 à 4 heures, répond à plusieurs impératifs : besoins énergétiques élevés, petite capacité gastrique, régulation de la glycémie, mais aussi maintien de la production lactée maternelle. D’un point de vue évolutif, ces réveils fréquents sont même protecteurs : ils diminuent les phases de sommeil trop profond, associées à un risque plus élevé de mort inattendue du nourrisson.

Concrètement, comment réagir lorsque votre bébé se réveille la nuit ? Il est conseillé de garder une ambiance calme et peu stimulante : lumière tamisée, voix douce, manipulations limitées au nécessaire. L’objectif est de distinguer progressivement le jour (interactions riches, jeux, stimulations) de la nuit (soins basiques, tétée, retour au calme). La plupart des nourrissons se rendorment plus facilement s’ils ont tété ; à cet âge, il n’est ni nécessaire ni recommandé de tenter de supprimer les tétées nocturnes si la prise de poids et la lactation sont correctes.

Micro-siestes diurnes de 30 minutes à 2 heures

En journée, le sommeil de votre bébé de 2 mois prend la forme de micro-siestes répétées. Leur durée varie généralement de 30 minutes (un cycle de sommeil) à 1 h 30 ou 2 heures (deux à trois cycles enchaînés). Beaucoup de nourrissons se réveillent au bout d’un cycle, parfois en pleurs, comme s’ils n’avaient dormi « que quelques minutes ». Ce phénomène est normal : c’est le passage d’un cycle à l’autre qui est encore immature. Certains bébés parviennent à se rendormir seuls, d’autres ont besoin d’être accompagnés (contact, bercement, portage, tétée de réassurance).

Pour favoriser ces siestes, on peut proposer des fenêtres de sommeil régulières, en observant les signes de fatigue : regard qui se perd, bâillements, frottement des yeux ou des oreilles, agitation croissante. Installer un environnement apaisant (pièce calme, lumière douce, température adaptée) et répéter un petit rituel court (chanson, bercement, phrase clé) aident le nourrisson à associer ces signaux au repos. Toutefois, il est inutile de rechercher une « sieste parfaite » dans son lit à chaque fois : à 2 mois, beaucoup de bébés dorment volontiers en poussette, en écharpe de portage ou dans les bras, ce qui reste compatible avec un développement sain.

Périodes d’éveil et développement psychomoteur du nourrisson de 8 semaines

Entre ces phases de sommeil, les périodes d’éveil de votre bébé sont de véritables temps forts pour son développement psychomoteur. À 8 semaines, les temps d’éveil calmes s’allongent progressivement et peuvent atteindre 45 à 90 minutes. C’est durant ces moments que se construisent les premières compétences sociales, motrices et sensorielles. Organiser la journée type d’un bébé de 2 mois allaité consiste donc à alterner, autant que possible, cycles tétée–éveil–sommeil.

Éveil calme : interaction visuelle et sourires sociaux précoces

L’un des grands événements du deuxième mois est l’apparition du sourire social. Contrairement aux « sourires réflexes » des premières semaines, ce sourire-là répond à un visage, une voix, une interaction. Votre bébé vous fixe, cherche votre regard, puis esquisse un large sourire lorsque vous lui parlez ou que vous exagérez vos mimiques. C’est un moment d’échange privilégié, qui renforce le lien d’attachement et nourrit la sécurité affective.

Pendant ces périodes d’éveil calme, installez-vous face à lui, à une distance d’environ 20 à 30 cm, qui correspond à sa distance de vision optimale. Parlez-lui, chantez, imitez ses petits sons : vous posez ainsi les bases de la communication. On peut comparer ces échanges à une « danse » interactive où chacun attend son tour pour répondre à l’autre. Même si votre bébé semble encore très peu actif, il enregistre déjà la musicalité de votre langue, la structure des tours de parole et la richesse des expressions faciales.

Tummy time et renforcement musculaire cervical durant 3 à 5 minutes

Le fameux tummy time, ou temps sur le ventre, est une activité clé dès 2 mois pour favoriser la motricité globale. Placé à plat ventre sur un tapis ferme, sous votre surveillance constante, le nourrisson est incité à relever la tête, à contracter les muscles de la nuque, des épaules et du haut du dos. Au début, ces séances peuvent être très courtes, de l’ordre de 3 à 5 minutes, répétées plusieurs fois par jour. L’objectif n’est pas la performance, mais la répétition régulière.

Si votre bébé proteste rapidement en position ventrale, vous pouvez adapter : sur votre poitrine lorsque vous êtes semi-allongé·e, sur un ballon d’éveil maintenu fermement, ou sur vos genoux. Imaginez ce tummy time comme une séance de « musculation douce » : un peu comme si l’on demandait à un adulte sédentaire de faire des pompes, il lui faudra du temps pour s’habituer. Avec la pratique, vous verrez votre enfant tenir la tête de plus en plus longtemps et commencer à pivoter légèrement, premières étapes vers le retournement.

Stimulation sensorielle auditive et suivi oculaire à 180 degrés

À 2 mois, la vision de votre bébé progresse rapidement. Il peut désormais suivre lentement un objet contrasté ou un visage sur près de 180 degrés, de droite à gauche. Proposez-lui des jouets aux couleurs tranchées (noir et blanc, rouge vif, bleu profond) ou des mobiles simples au-dessus de son aire d’éveil. Déplacez lentement l’objet dans son champ visuel et observez comment ses yeux et parfois sa tête suivent le mouvement. Ce suivi oculaire prépare la coordination main-œil qui se développera dans les mois suivants.

Sur le plan auditif, votre nourrisson est particulièrement sensible aux voix humaines, en particulier la vôtre. Il peut se taire ou s’arrêter de téter pour écouter un nouveau son, preuve que son cerveau traite déjà activement les informations sonores. Variez les stimulations : voix parlée, comptines, bruits doux (hochets, papier froissé), tout en évitant la sur-stimulation (télévision en fond sonore toute la journée, jouets très bruyants et incessants). Un bon repère : s’il détourne le regard, devient agité ou se met à pleurer, c’est qu’il est temps de revenir à plus de calme.

Éliminations physiologiques et surveillance de l’hydratation par les selles

Les couches de votre bébé constituent un excellent tableau de bord de son équilibre nutritionnel et hydrique. À 2 mois, un nourrisson allaité exclusivement présente des selles et des urines aux caractéristiques très particulières, qui rassurent sur la qualité de l’allaitement. Comprendre ce qui est normal vous permettra de repérer plus facilement les situations nécessitant un avis médical.

Fréquence de 3 à 8 selles jaunes granuleuses par jour

Les selles d’un bébé de 2 mois allaité exclusivement sont généralement jaunes à jaune-orangé, d’aspect grumeleux, parfois comparées à de la « purée de carotte mélangée à des grains de moutarde ». Leur consistance est souvent semi-liquide, voire liquide, ce qui peut inquiéter les parents habitués à des selles plus moulées : il ne s’agit pas de diarrhée, mais d’un aspect tout à fait normal. La fréquence se situe fréquemment entre 3 et 8 selles par 24 heures à cet âge.

Des variations individuelles existent : certains nourrissons continuent à émettre une selle après presque chaque tétée, d’autres espaceraient déjà davantage. Ce qui compte avant tout, c’est l’association de plusieurs paramètres : bébé alerte pendant ses phases d’éveil, prise de poids régulière, couches mouillées en nombre suffisant. En cas de selles soudainement très rares associées à un inconfort marqué, à un ventre ballonné ou à des vomissements, il est préférable de consulter, même si la constipation vraie reste exceptionnelle chez le bébé allaité exclusif.

Test de la couche mouillée : minimum 6 couches lourdes sur 24 heures

La quantité d’urines est un marqueur très fiable de l’hydratation d’un nourrisson de 2 mois allaité. On considère qu’un bébé correctement alimenté mouille au minimum 5 à 6 couches bien lourdes par 24 heures, parfois davantage. Un bon moyen de vérifier consiste à comparer le poids ou le volume d’une couche « sèche » à celui d’une couche utilisée : en quelques jours, vous saurez reconnaître d’un simple coup d’œil ou au toucher si la couche est vraiment humide.

Les couches jetables modernes étant très absorbantes, l’astuce peut être de placer un mouchoir ou un petit carré de coton à l’intérieur pour mieux sentir l’humidité. Si vous comptez moins de 4 couches franchement mouillées sur la journée, que les urines vous semblent sombres ou odorantes, ou que votre bébé paraît somnolent, peu tonique ou difficile à réveiller pour les tétées, une consultation rapide s’impose. Mieux vaut vérifier précocement qu’attendre une aggravation d’une éventuelle déshydratation.

Coloration des urines et indicateurs de déshydratation néonatale

En temps normal, les urines d’un nourrisson sont claires à jaune pâle et quasi inodores. Une coloration jaune foncé, un aspect très concentré ou la présence de petits cristaux orangés dans la couche (souvent décrits comme des « taches couleur brique ») peuvent traduire une hydratation insuffisante, notamment en période de forte chaleur ou lors d’un épisode infectieux. Ces signes doivent alerter, surtout s’ils s’accompagnent d’une diminution du nombre de couches mouillées.

D’autres indicateurs de déshydratation néonatale incluent : une fontanelle (la zone molle sur le sommet du crâne) très creusée, une bouche sèche, des pleurs sans larmes, une peau moins élastique (le pli cutané met du temps à se défroisser) et une extrême somnolence. Chez un bébé allaité de 2 mois, ces situations restent rares si les tétées sont fréquentes et efficaces, mais elles nécessitent une prise en charge médicale urgente. Là encore, votre observation quotidienne de la « routine couches » est un outil précieux.

Pleurs et pics de croissance : comprendre les poussées de développement

Au cours du deuxième mois, de nombreux parents rapportent une augmentation des pleurs, en particulier en fin de journée, et des phases où le bébé réclame le sein beaucoup plus souvent. Il est tentant de conclure immédiatement à un manque de lait ou à un « mauvais sommeil ». En réalité, ces phénomènes correspondent le plus souvent à des pics de croissance ou à des poussées de développement neurologique, périodes intenses mais transitoires qui font partie intégrante de la journée type d’un bébé de 2 mois allaité.

Pic de pleurs du soir entre 18h et 23h : période PURPLE

De nombreuses études ont montré qu’entre 6 et 8 semaines, la plupart des nourrissons connaissent un pic de pleurs en fin de journée. Ce phénomène, souvent appelé « coliques du soir » ou décrit à travers l’acronyme anglais PURPLE (pleurs Prévisibles, Surprisants, Résistants au réconfort, de Pic, de Longue durée, avec un enfant à l’Expression normale), n’est pas forcément lié à la faim ni à une douleur identifiable. Il correspond davantage à une immaturité du système nerveux, saturé par les stimulations accumulées au cours de la journée.

Concrètement, entre 18 h et 23 h, votre bébé peut se montrer particulièrement difficile à apaiser : il réclame le sein très fréquemment, se cambre parfois, refuse d’être posé, pleure même dans les bras. Ces épisodes sont éprouvants émotionnellement, surtout en fin de journée lorsque votre propre fatigue est maximale. Garder à l’esprit qu’ils sont transitoires et physiologiques peut aider à les vivre avec un peu plus de recul. La fréquence et l’intensité de ces pleurs diminuent généralement nettement après 3 mois.

Poussée de croissance typique de la 6ème à la 8ème semaine

Autour de 6 à 8 semaines, de nombreux bébés allaités présentent également une véritable poussée de croissance. Ils réclament alors le sein beaucoup plus souvent, parfois toutes les heures pendant quelques jours, y compris la nuit. Cette hyper-fréquence peut donner l’impression que le lait est « moins nourrissant » ou qu’il n’y en a « plus assez ». En réalité, c’est précisément cette sollicitation intense qui va stimuler la production lactée pour s’adapter aux besoins accrus de l’enfant, un peu comme on augmente la commande dans une usine pour répondre à une hausse de la demande.

Cette période est parfois appelée « grève de croissance » par les parents, tant elle peut être exigeante. Pourtant, elle est normale et nécessaire. La meilleure stratégie consiste à répondre à la demande du nourrisson en lui proposant le sein aussi souvent qu’il le souhaite, tout en s’attachant à se reposer au moindre moment disponible et à déléguer au maximum les tâches domestiques. En quelques jours, la lactation s’ajuste et le bébé retrouve un rythme de tétées plus espacé. Si les tétées deviennent douloureuses, que le bébé semble très agité au sein ou que la prise de poids stagne, un avis de consultante en lactation ou de professionnel de santé formé à l’allaitement est en revanche souhaitable.

Techniques de portage physiologique et méthode des 5 S du dr harvey karp

Pour traverser ces périodes de pleurs intenses et de besoin accru de contact, le portage physiologique est un allié précieux. En écharpe, en sling ou dans un porte-bébé adapté, votre nourrisson retrouve une position proche de celle in utero : dos arrondi, jambes fléchies, ventre contre vous, bercé par votre marche et le son de votre voix. Ce « quatrième trimestre de grossesse » prolongé lui offre une transition douce vers le monde extérieur et vous libère partiellement les mains pour les tâches du quotidien.

La méthode des 5 S, décrite par le pédiatre américain Harvey Karp, peut également apporter un réel soulagement. Elle repose sur cinq piliers : Swaddling (emmaillotage doux), Side or stomach position (portage sur le côté ou sur le ventre – uniquement en portage, jamais pour dormir), Shushing (bruits « shhh » ou bruits blancs rappelant les sons intra-utérins), Swinging (balancement rythmique) et Sucking (succion au sein ou, à défaut, tétine). Utilisés conjointement, ces outils recréent un environnement rassurant pour le bébé. Chacun peut adapter ces techniques à ses convictions et à la situation : par exemple, beaucoup de parents allaitants utilisent déjà naturellement la succion au sein et le portage ventral comme deux des « S » les plus efficaces.

Adaptation du rythme familial et récupération post-partum de la mère allaitante

La journée type d’un bébé de 2 mois allaité ne se résume pas aux horaires de tétées et de sommeil : elle implique aussi l’organisation du quotidien de la famille et la récupération progressive de la mère en post-partum. À cet âge, la fatigue peut se cumuler, surtout si les nuits restent très fractionnées et que les sollicitations diurnes sont importantes (fratrie, tâches ménagères, reprise du travail). Adapter le rythme familial autour des besoins du nourrisson sans s’oublier soi-même est un véritable exercice d’équilibre.

Autant que possible, il est recommandé de privilégier le repos maternel dès que l’occasion se présente : siestes en même temps que le bébé, réduction des visites, délégation de certaines tâches domestiques ou logistiques. On peut voir cela comme une « gestion d’énergie » plutôt qu’une simple gestion du temps : votre réserve de sommeil et de ressources physiques est un capital à préserver pour soutenir l’allaitement dans la durée. N’hésitez pas à solliciter votre entourage pour des aides concrètes (repas, courses, ménage) plutôt que des conseils parfois contradictoires.

Sur le plan émotionnel, la période autour de 2 mois peut être celle où l’on ressent le contrecoup de l’accouchement : chute des hormones de grossesse, possible « baby blues » prolongé, voire risque de dépression post-partum. Si vous vous sentez régulièrement dépassée, triste sans raison, envahie de pensées anxieuses, ou si vous n’éprouvez plus de plaisir à prendre soin de votre bébé, parlez-en à un professionnel de santé (sage-femme, médecin généraliste, pédiatre) ou à une structure de soutien parental. Prendre soin de votre santé mentale fait pleinement partie du bon déroulement de cette journée type.

Enfin, chaque famille invente son propre rythme autour de ce bébé de 2 mois allaité : certains parents choisissent le cododo sécurisé pour limiter la fatigue des tétées nocturnes, d’autres organisent des relais avec l’autre parent, notamment le week-end ou tôt le matin. Il n’existe pas de modèle unique, mais une constante : plus vous serez informé·e sur la physiologie de votre nourrisson et sur l’allaitement, plus vous pourrez faire des choix éclairés, adaptés à votre réalité, et vivre ces premières semaines avec davantage de confiance et de sérénité.