# Mon bébé pleure après le biberon et ne dort pas : que faire ?
Les pleurs inconsolables après le biberon représentent l’une des préoccupations les plus fréquentes des jeunes parents. Cette situation génère souvent un sentiment d’impuissance et une fatigue considérable, particulièrement lorsque bébé refuse ensuite de s’endormir paisiblement. Contrairement à une idée reçue, ces manifestations ne traduisent pas systématiquement une mauvaise technique d’alimentation ou un manque d’attention parentale. Dans la majorité des cas, plusieurs facteurs physiologiques et environnementaux s’entremêlent pour créer cet inconfort post-prandial. Comprendre les mécanismes sous-jacents permet d’adopter des stratégies adaptées pour soulager votre nourrisson et restaurer la sérénité des moments de repas. La période des trois premiers mois constitue une phase d’adaptation critique où le système digestif immature du bébé apprend à fonctionner de manière autonome.
Les causes physiologiques des pleurs post-prandial chez le nourrisson
L’identification précise de l’origine des pleurs constitue la première étape vers une résolution efficace du problème. Plusieurs mécanismes physiologiques peuvent expliquer pourquoi votre bébé manifeste une détresse après son biberon, et ces causes sont rarement isolées.
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) : mécanisme et symptômes associés
Le reflux gastro-œsophagien affecte environ 50% des nourrissons de moins de trois mois. Ce phénomène résulte d’une immaturité du sphincter œsophagien inférieur, cette valve musculaire qui sépare l’estomac de l’œsophage. Lorsque ce sphincter ne se referme pas correctement, le contenu acide de l’estomac remonte vers l’œsophage, provoquant une sensation de brûlure désagréable. Les symptômes caractéristiques incluent des régurgitations fréquentes, un cambrage du dos pendant ou après le repas, des pleurs aigus et soudains, ainsi qu’un refus progressif du biberon. Contrairement aux simples régurgitations bénignes, le RGO pathologique s’accompagne d’une gêne manifeste et peut perturber significativement la prise de poids. Les bébés atteints adoptent souvent une posture caractéristique, avec la tête rejetée en arrière, cherchant instinctivement à soulager la douleur œsophagienne.
L’aérophagie et la déglutition excessive d’air pendant la tétée
L’ingestion d’air pendant la prise du biberon constitue une cause majeure d’inconfort digestif. Chaque fois que votre bébé tète, il avale inévitablement une certaine quantité d’air qui s’accumule dans son estomac et ses intestins. Cette accumulation gazeuse provoque une distension abdominale douloureuse, particulièrement lorsque le débit de la tétine est inadapté ou que la position d’alimentation n’est pas optimale. Les signes révélateurs incluent un ventre tendu et ballonné, des grimaces pendant la tétée, des pauses fréquentes avec refus de continuer à boire, et des pleurs soulagés temporairement par l’émission de gaz. L’aérophagie s’intensifie lorsque le bébé pleure déjà avant le repas, créant un cercle vicieux difficile à rompre.
Les coliques du nourrisson : hypothèse de l’immaturité digestive
Les coliques touchent environ 20 à 25% des nourrissons et se manifestent typiquement par
des pleurs intenses, souvent en fin de journée, avec un bébé qui se tortille, replie ses jambes sur son ventre, serre les poings et devient rouge. L’hypothèse la plus admise est celle d’une immaturité du système digestif : le tube digestif apprend à gérer le lait, les gaz et le rythme des contractions intestinales. Ces « coliques du nourrisson » apparaissent généralement autour de 3 semaines, culminent vers 6 à 8 semaines, puis régressent spontanément vers 3 à 4 mois. Elles sont impressionnantes mais, en l’absence d’autres signes (fièvre, vomissements bilieux, stagnation pondérale), restent un trouble fonctionnel, sans gravité organique.
Pour autant, ces coliques peuvent empêcher votre bébé de s’apaiser après le biberon et donc de trouver le sommeil. Il peut réclamer à boire pour se calmer, puis pleurer de nouveau quelques minutes plus tard, pris dans un cercle inconfort → succion → inconfort. Vous pouvez alors privilégier des tétées plus calmes, dans un environnement peu stimulant, et des pauses régulières pour favoriser les rots. Certains gestes comme les massages du ventre ou la position en portage (que nous détaillerons plus bas) peuvent également aider à diminuer la tension abdominale et à raccourcir les épisodes de pleurs.
L’intolérance aux protéines de lait de vache (IPLV)
Dans un nombre beaucoup plus limité de cas, les pleurs après le biberon peuvent être liés à une intolérance ou allergie aux protéines de lait de vache (IPLV/APLV). Elle concerne environ 2 à 3% des nourrissons, mais on la soupçonne souvent à tort dès que bébé pleure beaucoup. L’IPLV associe généralement plusieurs symptômes : pleurs persistants après les repas, régurgitations abondantes, diarrhée ou au contraire constipation, sang ou mucus dans les selles, eczéma, éruptions cutanées, voire refus du biberon. On peut également observer un inconfort majeur qui empêche le bébé de s’endormir après avoir bu.
Contrairement aux coliques « classiques » qui surviennent surtout le soir, l’IPLV peut se manifester à chaque biberon. Votre nourrisson semble alors systématiquement gêné après avoir bu son lait infantile, même lorsque la préparation du biberon est correcte et que la tétine est adaptée. Le diagnostic repose d’abord sur l’interrogatoire et l’examen clinique par le pédiatre, puis parfois sur un test d’éviction : on remplace le lait habituel par un lait à protéines fortement hydrolysées ou à base de protéines de riz pendant quelques semaines, sous suivi médical, pour voir si les symptômes régressent. Il est déconseillé de multiplier les changements de lait par soi-même, car cela peut perturber davantage la digestion de votre bébé et brouiller les pistes.
La constipation néonatale et les troubles du transit intestinal
Un transit ralenti peut également expliquer pourquoi votre bébé pleure après le biberon et ne parvient pas à dormir. Contrairement à une idée reçue, un nourrisson n’est pas forcément constipé parce qu’il ne fait pas de selles tous les jours. On parle plutôt de constipation lorsque les selles sont rares, très dures, difficiles à évacuer, associées à des pleurs à la défécation, un ventre tendu et des périodes d’agitation marquées. Après le biberon, le réflexe gastro-colique (accélération du transit après le remplissage de l’estomac) peut être intense : les contractions intestinales, plus fortes, deviennent douloureuses et empêchent l’endormissement.
La constipation peut être favorisée par un lait non adapté, une mauvaise hydratation ou, plus rarement, une pathologie sous-jacente. Si votre bébé pousse fort, rougit, pleure, puis n’émet qu’une petite boule très dure, cela peut expliquer une grande partie de l’agitation post-prandiale. Dans ce contexte, votre médecin pourra vous conseiller une adaptation du lait (formule plus riche en lactose, pauvres en caséines, avec fibres ou probiotiques), parfois un changement d’eau, et des mesures mécaniques douces comme le massage du ventre ou la flexion délicate des jambes sur l’abdomen. N’utilisez jamais de suppositoires ou de thermomètre « pour stimuler » sans avis médical, car cela peut irriter la muqueuse rectale.
Les erreurs fréquentes dans la préparation et l’administration du biberon
Avant de conclure à un problème digestif complexe, il est essentiel de vérifier quelques points très concrets autour de la préparation et de la façon de donner le biberon. Certaines erreurs, très courantes et parfaitement bien intentionnées, peuvent suffire à expliquer pourquoi votre bébé pleure après le biberon et ne dort pas ensuite.
Le dosage inadéquat du lait infantile : surdosage et sous-dosage
Respecter à la lettre les recommandations de dilution du fabricant est fondamental. Un lait surdosé (trop de poudre pour trop peu d’eau) augmente la concentration en protéines et en minéraux ; le mélange devient plus lourd à digérer, peut favoriser la constipation, les coliques et la soif, et donc des réveils fréquents. À l’inverse, un sous-dosage risque de ne pas couvrir les besoins nutritionnels et peut donner l’impression que votre enfant a « toujours faim », avec des pleurs peu après le biberon et une difficulté à s’endormir par simple insatisfaction.
Pour éviter ces erreurs, utilisez systématiquement la mesurette fournie dans la boîte, et comptez : 1 mesurette arasée pour 30 ml d’eau. Ne tassez pas la poudre, ne la « bombe » pas non plus. Si vous avez un doute, n’hésitez pas à demander à un professionnel de vous montrer une fois la bonne gestuelle. Pensez aussi à toujours verser l’eau en premier, puis la poudre, afin de ne pas fausser le volume final. Ces petits détails techniques ont un impact direct sur le confort digestif et donc sur le sommeil post-biberon.
La température du biberon et son impact sur la digestion
La température du lait infantile influence à la fois l’acceptation du biberon et le confort digestif. Un lait trop froid peut surprendre le nourrisson, ralentir la vidange gastrique et accentuer les spasmes intestinaux chez certains bébés sensibles. À l’inverse, un lait trop chaud irrite la muqueuse buccale et œsophagienne, et peut renforcer la sensation de brûlure en cas de reflux gastro-œsophagien. L’idéal se situe autour de 35 à 37 °C, proche de la température corporelle, ce qui rappelle la chaleur du lait maternel.
Vous n’avez pas de chauffe-biberon ? Un bain-marie ou le passage rapide sous l’eau chaude suffisent, à condition de toujours tester quelques gouttes sur l’intérieur de votre poignet. La température doit vous sembler tiède et agréable, jamais brûlante. Certains bébés tolèrent sans problème un lait à température ambiante ; si c’est le cas de votre enfant et que ses pleurs ne sont pas liés à la température, il est inutile de vous compliquer la vie. L’important est la constance : éviter des variations trop brusques d’un biberon à l’autre.
Le choix de la tétine : débit inadapté selon l’âge du bébé
Le débit de la tétine joue un rôle majeur dans la manière dont votre bébé vit son biberon. Une tétine à débit trop rapide oblige l’enfant à gérer un flux de lait important : il avale plus d’air, tousse, s’étouffe parfois, fait de fausses routes, et peut développer un réflexe de défense qui se traduit par des pleurs et un refus du biberon. Après un tel effort, difficile pour lui de se laisser glisser dans le sommeil. À l’inverse, une tétine à débit trop lent demande beaucoup d’énergie pour obtenir peu de lait ; le bébé se fatigue, s’énerve, lâche puis reprend la tétine en pleurant, ce qui augmente aussi l’aérophagie.
En pratique, un biberon de 120 ml devrait idéalement être bu en 15 à 20 minutes. S’il est terminé en 5 minutes ou, au contraire, s’il vous faut 45 minutes pour en venir à bout, le débit de la tétine n’est probablement pas adapté. N’hésitez pas à tester une taille au-dessus ou au-dessous, ou une autre forme de tétine (ronde, physiologique, en silicone ou en caoutchouc) tout en observant finement la réaction de votre enfant. Rappelez-vous que chaque bébé a son rythme de succion : deux nourrissons du même âge peuvent très bien avoir besoin de débits différents.
La position d’alimentation et l’angle d’inclinaison du biberon
La façon dont vous tenez votre bébé et votre biberon pendant la tétée a un impact direct sur sa digestion. Une position trop allongée favorise les remontées de lait et le reflux, alors qu’une position légèrement semi-assise (tête plus haute que le bassin, dos bien soutenu) permet de limiter les régurgitations et l’aérophagie. De même, un biberon tenu trop à l’horizontale laisse passer beaucoup d’air dans la tétine, tandis qu’un biberon correctement incliné maintient la tétine remplie de lait, ce qui réduit la quantité d’air avalé.
Imaginez le trajet du lait comme un petit toboggan : plus votre bébé est droit et plus le lait descend en douceur dans son estomac, sans remonter. Vous pouvez caler son cou dans le creux de votre bras, veiller à ce que son menton ne soit pas enfoui dans sa poitrine et garder un contact visuel rassurant. Faites des pauses régulières pendant le biberon pour l’aider à faire un rot si besoin, surtout s’il boit goulûment. Ces ajustements simples peuvent déjà réduire nettement les pleurs après le biberon et faciliter l’endormissement.
Les techniques de soulagement immédiat après le biberon
Lorsque votre bébé pleure après son biberon et refuse de s’endormir, vous avez besoin de gestes concrets à mettre en œuvre tout de suite. Certaines techniques, simples et non médicamenteuses, peuvent soulager rapidement l’inconfort lié aux gaz, au reflux ou aux coliques, et l’aider à se détendre suffisamment pour trouver le sommeil.
Le rot efficace : méthode verticale et pression abdominale douce
On sous-estime souvent l’importance d’un rot bien fait. Pourtant, chez de nombreux nourrissons, une bulle d’air coincée dans l’estomac suffit à provoquer des pleurs prolongés après la tétée. Deux positions principales sont possibles : en position verticale contre votre épaule, ou assis sur vos genoux, légèrement penché vers l’avant. Dans les deux cas, soutenez bien la tête et la nuque de votre bébé et tapotez ou massez doucement son dos, de bas en haut, pour aider l’air à remonter.
Vous pouvez associer à ce geste une légère pression sur l’abdomen : dans la position assise, placez votre main à plat sous sa cage thoracique, sans jamais appuyer sur les côtes ni sur le bas-ventre. Comme une petite vague qui remonte, vos mains aident l’air à trouver sa sortie. Certains bébés ont besoin de plusieurs essais, y compris quelques minutes après la fin du biberon : si votre enfant se réveille en pleurant 10 ou 15 minutes après avoir bu, n’hésitez pas à le remettre brièvement en position de rot avant de tenter de le recoucher.
Le massage abdominal anti-coliques selon la technique I love you
Le massage du ventre est une approche douce, sécurisante, qui peut faire une réelle différence en cas de coliques ou de gaz douloureux. La technique dite « I Love You » est simple à apprendre. Sur un ventre découvert mais bien au chaud (pièce tempérée, serviette sous le dos), commencez par tracer un « I » sur le côté gauche de l’abdomen de votre bébé (votre droite quand vous lui faites face) : glissez vos doigts de haut en bas, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre. Puis dessinez un « L » inversé, en partant du côté droit de son ventre (votre gauche) vers la gauche, puis vers le bas. Enfin, terminez par un « U » inversé, du bas droit vers le haut, en traversant l’abdomen, puis vers le bas à gauche.
Ce schéma suit le trajet naturel du côlon et aide à mobiliser les gaz. Le geste doit être lent, régulier, avec une pression légère, comme si vous caressiez une bulle sous la peau sans vouloir l’éclater. Vous pouvez utiliser une huile adaptée pour bébé afin de faciliter le glissement des mains. Pratiqué 5 à 10 minutes après le biberon, ou en fin de journée, ce massage peut diminuer la tension abdominale et favoriser un endormissement plus serein. Au-delà de l’effet mécanique, ce moment de contact peau à peau rassure votre enfant et le sort progressivement de l’état d’alerte dans lequel l’ont plongé les pleurs.
La position ventrale sur l’avant-bras (méthode du tigre dans l’arbre)
La « position du tigre dans l’arbre » est souvent très appréciée des bébés qui souffrent de coliques ou d’aérophagie. Elle consiste à installer votre nourrisson à plat ventre sur votre avant-bras, sa tête reposant près de votre coude et ses jambes de part et d’autre de votre poignet. Votre main peut maintenir sa poitrine ou son bassin, selon ce qui est le plus confortable pour vous deux. Dans cette posture, le ventre est légèrement comprimé, ce qui aide à évacuer les gaz, tandis que la position ventrale rassure de nombreux bébés.
Vous pouvez alors marcher doucement, bercer ou effectuer de petits mouvements de balancier. Beaucoup de parents décrivent cette méthode comme un « bouton reset » : en quelques minutes, l’intensité des pleurs diminue. Bien sûr, cette position ne doit être utilisée que lorsque vous êtes parfaitement éveillé et disponible, et jamais pour le sommeil non surveillé : une fois apaisé, votre bébé devra être recouché sur le dos, sur une surface ferme et dégagée, conformément aux recommandations de prévention de la mort inattendue du nourrisson.
Le portage physiologique et la contention apaisante
Le portage en écharpe ou en porte-bébé physiologique offre un double bénéfice : il permet à votre bébé d’être maintenu en position verticale, ce qui diminue le reflux et facilite la digestion, tout en lui offrant une sensation de contenition proche de celle de l’utérus. Blotti contre vous, bercé par vos mouvements, il perçoit votre chaleur, votre odeur et le rythme de votre cœur ; autant de repères sensoriels qui diminuent l’hyperstimulation et favorisent la détente. De nombreux parents constatent que leur enfant s’endort plus facilement après un biberon difficile lorsqu’il est porté ainsi.
Pour que le portage soit vraiment apaisant, il doit respecter la physiologie du nourrisson : dos arrondi, bassin basculé, jambes relevées en position de « M », soutien correct de la tête. Si vous débutez, n’hésitez pas à participer à un atelier de portage ou à demander conseil à une sage-femme ou une consultante formée. Le portage ne « donne pas de mauvaises habitudes » : durant les premiers mois, il répond au besoin primaire de proximité et peut être un allié précieux lorsque votre bébé pleure après le biberon et se débat pour trouver le sommeil.
L’optimisation de l’environnement de sommeil post-biberon
Même si l’origine des pleurs est digestive, l’environnement dans lequel vous couchez votre bébé après le biberon a une influence directe sur sa capacité à s’endormir et à rester endormi. Un nourrisson fatigué, surexcité ou dérangé par son cadre de sommeil aura plus de mal à « décrocher » après un épisode d’inconfort, même si celui-ci s’est atténué.
Commencez par vérifier les conditions de base : une chambre tempérée (18 à 20 °C), silencieuse ou avec un bruit de fond doux et continu (bruit blanc, ventilateur non dirigé vers lui), une lumière tamisée, et un lit conforme aux normes de sécurité, sans tour de lit épais, peluche volumineuse ou oreiller. Un sommeil de qualité se prépare aussi en amont : évitez les écrans allumés à proximité, l’agitation excessive, les jeux trop stimulants juste avant le biberon du soir.
Après la tétée, privilégiez une routine calme et répétitive : rot, change si nécessaire, courte séquence de câlins ou de berceuse, puis mise au lit lorsque votre bébé montre des signes de fatigue (regard qui se perd, bâillements, gestes plus lents). S’il a un terrain de reflux, vous pouvez le garder quelques minutes en position verticale dans vos bras avant de le poser, mais évitez les coussins ou dispositifs inclinés dans le lit, qui sont déconseillés pour la sécurité. Enfin, accepter que votre bébé ait parfois besoin de quelques minutes pour « décharger » en pleurant doucement dans son lit, tout en restant à proximité, peut aussi l’aider à trouver son propre rythme de sommeil, dès lors que ses besoins de confort et de sécurité sont remplis.
Les solutions médicales et paramédicales spécialisées
Lorsque les ajustements autour du biberon, les gestes de soulagement et l’optimisation de l’environnement de sommeil ne suffisent pas, ou lorsque les pleurs après le biberon restent très intenses et quotidiens, il peut être pertinent de recourir à des solutions plus spécialisées. Celles-ci doivent toujours s’envisager en concertation avec votre pédiatre, pour éviter les traitements inutiles et cibler au mieux l’origine du problème.
Les laits anti-régurgitation (AR) et laits hypoallergéniques (HA)
Les laits anti-régurgitation (AR) sont des préparations épaissies (à l’amidon ou à la caroube) qui visent à limiter les remontées de lait chez les bébés sujets aux régurgitations importantes. En alourdissant le bol alimentaire, ils contribuent à maintenir le contenu gastrique dans l’estomac et peuvent réduire les pleurs liés au reflux simple. Ils ne sont toutefois pas adaptés à tous les nourrissons : chez certains, ils augmentent la sensation de lourdeur ou favorisent la constipation. D’où l’importance d’un avis médical avant de les introduire.
Les laits hypoallergéniques (HA), quant à eux, contiennent des protéines partiellement hydrolysées, plus faciles à tolérer chez les bébés à terrain atopique (antécédents familiaux d’allergie). Ils ne soignent pas une allergie avérée aux protéines de lait de vache, mais peuvent être proposés en prévention chez certains profils à risque ou en première intention avant d’envisager un hydrolysat extensif. Si votre bébé pleure après chaque biberon, présente de l’eczéma, des troubles digestifs récurrents et un possible terrain allergique, votre médecin pourra envisager un test d’éviction avec un lait spécialisé, mais toujours sur une période limitée et surveillée.
L’ostéopathie pédiatrique pour les tensions crâniennes et digestives
L’ostéopathie pédiatrique attire de plus en plus de parents en quête de solutions complémentaires pour les coliques, le reflux ou les troubles du sommeil. L’idée : des tensions liées à la grossesse, à l’accouchement ou à la posture peuvent perturber le fonctionnement du diaphragme, du crâne ou du bassin, et se répercuter sur la digestion et le confort de l’enfant. Par des manipulations très douces, l’ostéopathe chercherait à rétablir une meilleure mobilité des tissus et à lever certains blocages fonctionnels.
Les études disponibles restent encore limitées et ne permettent pas d’affirmer une efficacité systématique de l’ostéopathie sur les coliques ou les pleurs post-prandiaux. En revanche, beaucoup de parents témoignent d’une amélioration du confort et du sommeil de leur bébé après quelques séances. Si vous envisagez cette option, choisissez un professionnel formé spécifiquement à la pédiatrie, et informez toujours votre pédiatre. L’ostéopathie ne remplace pas un bilan médical lorsqu’il existe des signes d’alerte, mais peut constituer un complément intéressant dans une approche globale.
Les probiotiques spécifiques : lactobacillus reuteri et bifidobacterium
Le rôle du microbiote intestinal dans les coliques et les troubles digestifs du nourrisson est de plus en plus étudié. Certains travaux ont montré que la flore intestinale des bébés très coliques diffère de celle des nourrissons plus calmes, ce qui a conduit à tester l’intérêt de probiotiques spécifiques, notamment Lactobacillus reuteri et certaines souches de Bifidobacterium. Plusieurs études suggèrent que ces probiotiques pourraient réduire la durée quotidienne de pleurs chez certains enfants, en modifiant favorablement leur microbiote et en agissant sur la perméabilité intestinale et l’inflammation locale.
Cela ne signifie pas pour autant qu’un probiotique sera efficace chez tous les bébés, ni qu’il s’agit d’une solution miracle. Les effets, lorsqu’ils existent, sont souvent progressifs, sur plusieurs jours voire semaines. Avant de débuter un probiotique, demandez conseil à votre pédiatre afin de choisir une souche et un dosage adaptés à l’âge de votre enfant, et de vérifier l’absence de contre-indication particulière. Dans tous les cas, les probiotiques s’inscrivent dans une stratégie globale : ils ne dispensent pas de revoir la préparation du biberon, la position de tétée ou la gestion du sommeil.
La consultation avec un pédiatre gastro-entérologue
Lorsque les pleurs après le biberon sont très intenses, persistants au-delà de 3 à 4 mois, associés à des troubles de la croissance, des vomissements importants ou des selles anormales, une consultation spécialisée auprès d’un pédiatre gastro-entérologue peut s’avérer nécessaire. Ce spécialiste pourra approfondir le bilan (reflux sévère, allergie alimentaire complexe, malabsorption, malformation digestive…) et proposer, si besoin, des examens complémentaires ciblés (pH-métrie, échographie abdominale, bilan allergologique, etc.).
Ne craignez pas de demander un avis spécialisé si vous avez le sentiment d’avoir « tout essayé » sans amélioration notable, ou si votre intuition de parent vous alerte. Vous connaissez mieux que quiconque le comportement habituel de votre enfant. Un regard extérieur, expert, peut parfois confirmer que la situation reste fonctionnelle et rassurante, ou au contraire orienter vers un diagnostic précis permettant d’accéder à un traitement adapté.
Les signaux d’alerte nécessitant une consultation médicale urgente
Dans la grande majorité des cas, un bébé qui pleure après le biberon et ne dort pas souffre de troubles fonctionnels (coliques, reflux bénin, aérophagie), impressionnants mais sans danger. Toutefois, certains signes doivent vous amener à consulter en urgence, sans attendre la prochaine visite de routine. On parle alors de signaux d’alerte qui peuvent évoquer une pathologie nécessitant une prise en charge rapide.
Consultez immédiatement (médecin, urgences pédiatriques ou service d’urgence) si votre nourrisson :
- présente de la fièvre (38 °C ou plus) avant 3 mois, ou une fièvre persistante avec altération de l’état général ;
- vomit de façon abondante et répétée, surtout si les vomissements sont verdâtres ou projetés en jet ;
- a des selles sanglantes, noires goudronneuses, ou une diarrhée profuse avec signes de déshydratation (bouche sèche, fontanelle creusée, couches peu ou pas mouillées) ;
- semble très somnolent, difficile à réveiller, ou au contraire inconsolable avec des cris inhabituels, aigus, perçants ;
- présente un ventre très ballonné, dur et douloureux au toucher, avec refus de s’alimenter.
Il est également important de consulter rapidement si vous constatez un ralentissement de la prise de poids, un refus progressif de tous les biberons, ou une modification brutale du comportement (bébé qui était calme et devient soudain très irritable, ou inversement). Enfin, n’oubliez pas de prendre soin de vous : la fatigue, le découragement et parfois les idées noires peuvent s’inviter lorsqu’on vit au rythme des pleurs d’un tout-petit. Parlez-en à votre entourage, à votre médecin ou à une sage-femme ; demander de l’aide est déjà une manière de protéger votre enfant… et de vous offrir les meilleures conditions pour l’accompagner vers des repas et des nuits plus sereins.